23.09.2009

Quand la loi n'est plus qu'une affaire privée

 

765247.jpgVoilà quelques temps que le dossier Clearstream fascine. Cette affaire aux allures de thriller financier mettant en scène les services secrets, les grandes dynasties industrielles et les plus hautes instances du pouvoir se révèle être la remise en cause fondamentale d'un système juridique en fin de vie. Le domaine du Droit écrit s'étant largement étendue, nous assistons aujourd'hui à sa transformation et à son rejet pur et simple par les différentes couches de la société civile. Dans le domaine du web, et plus particulièrement suite aux projets HADOPI qui réalisèrent un coup de pub fabuleux au Creative Commons, la notion juridique n'apparait plus comme étant une donnée inébranlable et absolue mais comme une option.

L'affaire Clearstream, tout comme la résistance des internautes, va mettre à mal un secteur ayant sérieusement besoin de s'adapter aux réalités car on aimait dire que le propre de la Loi, jusqu'à présent, était de s'appliquer à tous dans l'intérêt de tous. D'une certaine manière, cette définition précisait le caractère contraignant de la Loi. Afin de la faire passer en douceur, on complètait généralement cette définition par l'idée que la Loi est produite par des hommes et femmes choisis démocratiquement. Ceci étant dit, nous sommes contraint de considérer au dessus de cette définition aisée les organisations politiques, et plus exactement le système des partis. Ils furent les acteurs principaux de la déformation de cette définition.

Tout est affaire de partis et de privé, non de démocratie. L'affaire Clearstream tout autant que HADOPI sont deux manifestations de ce détournement qui condamnent le Droit écrit au profit d'un Droit semi-écrit et semi-coutumier paradoxalement individuel. Dominique de Villepin, après sa formidable ascension, pourrait bien devenir un des hommes les plus puissants de France grâce à son ennemi mortel Nicolas Sarkozy. En effet, le président de la République, souhaitait certainement la politisation de ce procès estimant sans doute que celui-ci serait une nouvelle fois l'expression de sa toute puissance sur le pays. Mais en faisant cela, Nicolas Sarkozy a donné à son opposition réelle (et non pas à cet ersatz politique que l'on nomme « gauche ») une tête de fil, une icône.

La politisation qui se joue en ce moment même aura des répercussions profondes sur le paysage juridique et politique, à court, moyen et long terme. Une faute stratégique de la part d'un homme qui jusqu'ici semblait briller par son aptitude à savoir semer autour de lui le chaos et le désordre pour se maintenir en place. Une carte à jouer pour toute personne souhaitant faire bouger les choses. Le droit se révélera progressivement comme outil des affaires privées des clans, et sa transformation devra nécessairement en suivre. L'usage fait de la Loi par l'Élysée est un usage condamnable. On ne peut considérer la Loi, le fruit de la société issue des citoyens, comme étant un instrument que l'on vend aux personnalités du monde économique. Pourtant, la France souffre encore de l'illusion qu'elle maitrise son Droit. Et le réveil sera, lui, difficile.

En bon avocat, le président de la République a traiter le pouvoir législatif avec mépris. Mais à son grand tort il a osé s'attaquer à trois types d'individus qu'il aurait mieux fait de laisser rêver : les journalistes, les informaticiens et les républicains. Il semble toutefois juste que le micro-président ai su se positionner de la sorte, puisqu'il est né des déviances de la Loi et qu'il a appris à user de la Loi comme celle ci lui avait appris : Le créateur (Le Droit) qui engendre la créature (Nicolas Sarkozy) qui détruira le créateur (Le Droit-La Démocratie). Un cycle curieux qui se reproduit une fois encore, mais cette fois pour le compte de M. Sarkozy : le créateur (Nicolas Sarkozy) qui génère la créature (Dominique de Villepin) qui détruira le créateur (Nicolas Sarkozy). On dirait presque une Loi universelle... Ironie de la vie qui nous réserve en tous les cas, un superbe affrontement dans l'arène judiciaire.

 

15.03.2009

La fin de l'État français

mathias_pastwa_photography---mesh_1600-x-1200.jpgUn modèle unique au monde, admiré pour sa résistance en temps de crise, mais critiqué pour son immobilisme en temps de prospérité ; une dimension un peu à part, alimentée par des produits sortis d'écoles se voulant prestigieuses par le jeu des places obtenues par leurs anciens élèves ; une civilisation qui estime que le traitement de l'information par la théorie révèle le génie de l'Homme et que le manuel reste un faible à la limite du genre humain... La fin de l'État français, c'est en fait la fin de la France tout bonnement. Une France idéal, féerique, constituée sur l'ego et sur la domination hiérarchisée et condescendante. Bref, un petit coin de paradis pour tous les esprits faibles, désireux de trouver grâce aux yeux des génies en jouant la carte de la race et de la caste pour se révéler comme supérieur : le français ! Une drôle de créature qui parle d'égalité en droit, et donc en responsabilité, mais ne souhaite surtout pas se voir contraint à la décision. Une parodie du genre humain en quelque sorte.

L'État français et le français sont en dangers, car quelque chose se passe qui donne naissance à une nouvelle race, une nouvelle caste de décideurs. Les cinq gus dans un garage sont en fait quelques milliers à se mobiliser, à réfléchir ensemble. A se hiérarchiser suivant leurs compétences, leurs apports aux mouvements du monde qui se construit petit à petit. Une logique implacable, une mécanique physique constituée sur la complexité d'un chaos historique et naturel. Mais le fond de cette histoire, c'est que seule la réaction produit les évolutions, et de même la pluie entraine des inondations, le gouvernement entraine une opposition. La loi HADOPI, consacrant la toute puissance d'intérêt privé qui ne sont en aucun cas artistique mais essentiellement une affaire de gros sous, se retrouve mise dans le collimateur d'une race de français boostés à l'internet, disposant d'un psychique transformé par l'accès immédiat à l'information. Une race qui considère que l'action doit être utile, pesée et pragmatique. Une nouvelle race humaine qui sait qu'elle a entre ses mains le pouvoir de sa vie.

En agissant sur un modèle archaïque et dépassé, le gouvernement et la Présidence de la République, M. Sarkozy et M. Fillon, ont pris le risque de se voir transformer un mouvement d'humeur né par l'incompréhension des temps en cours (prochaine manifestation le 19 Mars) et une « guerre feutrée » ou les armes seront muettes mais destructrices. Ces générations qui descendent dans les rues, suivant un Besancenot branché animant son Parti comme un Boite de nuit, qui croit en un Socialisme ou en une Droit traditionnelle, ces générations donc vont certainement appuyer ces « 5 gus dans un garage ». Et l'État français sera désavoué, sans aucun doute. Parce que ceux qui descendent dans la rue, agissent en tant que citoyen manifestant leur colère vis à vis de leur gouvernant, alors que cette génération, cette nouvelle race se fiche de la hiérarchisation au point d'attaquer ouvertement les sites des administrations, avant, sans doute, d'entrer dans les réseaux du gouvernement et de faire on ne sait trop quoi. Une guerre commence... N'ayant pas pour but l'argent, comme le disait Platon, elle n'aura pour seul finalité que la mort et la destruction de l'État français. Soyez informé.