08.06.2009
Quand internet menace le mandarin
Lorsqu'un étudiant venant de l'étranger arrive en France il bascule en plein Moyen-Age. Les universités françaises sont contrôlées par le "grand mandarin" qui estime avoir le droit de vie ou de mort sur chaque étudiant de sa sphère. En effet, dans notre bon vieux pays, parait il que la culture est source de prestige. Les universitaires, diplômées de BAC +5 à BAC +15 parcourent de ce fait les séminaires en exibant leur titre de gloire qui consistait à recracher bêtement ce que "l'ancien" leur dictait. N'est ce pas une belle organisation ? Soulignons de ce fait que le mandarin qui défend le prestige ne cherche en rien l'excellence, au contraire même il prône la médiocrité en interdisant aux étudiants d'être plus réfléchis que leurs maîtres. Bref, nous vivons en plein Moyen-Age, et l'on est même en droit de s'interroger sur la nécessaire séparation de l'Eglise et de l'Etat en matière d'éducation. Franchement, à quoi pouvait bien servir de remplacer le contrôle monopolistique des serviteurs du Saint Siège par le contrôle oligarchique des serviteurs du nombril ?
Bon, ces temps de trouble et de déclin intellectuel français seront-ils sans doute chamboulés par les expériences réalisées par un de nos voisins du Nord : le Danemark. En effet, ce pays n'a pas froid aux yeux et choisi d'autoriser pour les lycéens passant leur BAC l'exploitation de la richesse informationnelle du Web. Il est vrai que la question est posée depuis bien longtemps : quel intérêt peut bien avoir un étudiant ou un lycéen à apprendre par coeur un cours s'il pourra, par la suite, accéder aisément aux connaissances de ce cours sur la Toile ? Evidement, la question n'attire pas les réponses, et encore moins l'intérêt de l'éducation nationale à la française ! Dans un pays où l'on confond "autorité" et "soumission", il n'est guère surprenant que des notions aussi essentielle à une société que l'excellence intellectuelle soit refoulée au rang d'hérésie. A ce propos, qu'est ce que l'excellence intellectuelle ? Certainement pas un ersatz du prestige intellectuelle, il s'agirait plutôt du contraire d'ailleurs. L'excellence est une notion méritocrate, elle implique une attention toute particulière attachée à la réalisation d'une tâche. Si la tâche d'un étudiant est d'étudier, cela signifie-t-il qu'il doit tout savoir ou bien être en mesure de comprendre les choses ?
Quelle explication se rapprocherait le plus de l'excellence ? Selon mon humble avis, disposer d'une montagne de connaissance n'est d'aucune utilité à un être humain. Savoir certaines choses utiles au quotidien, c'est à dire dans la vie professionnelle mais aussi dans la vie citoyenne, est indispensable au bon fonctionnement d'un système. Toutefois, l'apprentissage par la répétition et le fait de "recracher" les connaissances apprises n'entrainent certainement pas une présence d'intelligence et d'excellence. Au mieux, un étudiant diplômé d'une grande université ne pourra-t-il revendiquer que le titre de "médiocrité prestigieuse". Pourquoi ? Tout bonnement parce que la seule motivation d'un trop grand nombre d'étudiant est l'argent et le statut social. En effet, le gaspillage commence dès l'ouverture des universités à une part d'individu trop nombreux. Mais pire encore, cette masse grandissante qui s'agglutine sur les bancs des facultés ne peut être conduite vers la réflexion et l'excellence du fait justement de sa trop grande importance. On lui enseigne une mécanique, une répétition, une sorte d'habitude pour qu'en finalité, de ces quelques cerveaux pouvant être éclairés, ne ressorte que le fonctionnement primaire d'un ouvrier réalisant un douloureux travail à la chaine. Mais qu'importe : le statut social est sauf !
Le statut social sans doute, mais pour l'économie rien n'est moins sûr. En effet, après que les entreprises se soient investies dans les grandes écoles, universités et IAE de France, elles cherchent à présent à transformer leurs capitaux en profits. Quoi de plus naturel ? Si seulement les universités avaient pourtant continué de produire des générations d'individus doués de conscience, capable de réfléchir un tant soit peut et ainsi d'apporter l'innovation et la créativité utile à tout développement stratégique... Savez vous que le salaire moyen des cadres est en baisse ? Savez vous seulement pourquoi ? La Crise ?! Non, la diminution de ce salaire ne date pas de 2008, elle a commencé bien avant cela. Sa légitimité vient du fait que la valeur intellectuelle qu'apportait les universités aux étudiants est maintenant en train de réduire. Comme je l'expliquais plus haut, l'étudiant qui sortira d'HEC sera tout aussi apte à prendre les appels téléphoniques à l'accueil d'une entreprise qu'un autre élève diplômé en secrétariat. Et les entreprises, instruments raisonnés et raisonnables, innovantes et stratèges, ne s'y trompent pas. Voilà pourquoi les conditions deviennent de plus en plus difficile en matière d'enseignement. Le Moyen-Age est en train de parasiter toute évolution à cette situation catastrophique pour une jeunesse qui va déchanter avec les années à venir. Il serait grand temps de renverser le mandarin.
Si le mandarin se trouvait mis à terre, comme il aurait dû l'être il y a de cela bien longtemps, alors les centres du savoir français se seraient adaptés aux nouvelles donnes technologiques et auraient cherché à construire une génération d'étudiants habitués à traiter une masse d'informations multipolaires. Les actuels cours en gestion ne sont qu'une ébauche de ce qui devrait être fait. Dans le foisonnement d'informations qu'engendre internet, et dans la personnalisation qu'il suscite chez les individus de toute classe sociale, le système éducatif français fait office de vieillerie. Des temples du savoir ? Ca ?! 30 ans de retard sur les réalités du monde ! Enfin, heureusement, il est maintenant possible de suivre des formations continues ou des séminaires de toute sorte. Mais pauvre, pauvre génération qui arrive sur le marché... J'ai de la peine pour elle, vous savez.
C'est triste à dire, mais en France, on tue nos enfants !
01:56 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : université, société, internet, formation, diplôme, étudiant, lycéen


Commentaires
Un peu amalgamant comme réflexion, il ne faut pas jeter le mandarin avec l'eau du bain, Archimède était aussi un grand intellectuel et l'Université en produit toujours. Mais c'est pourtant bien vrai que pour réussir il faut :
1 Apprendre à régurgiter. La bachotage généralisé est la base du succès scolaire et universitaire, à tous les niveaux. Engranger des connaissances le temps de l'examen. Apprendre sans comprendre. Sans remettre en cause, sans critiquer, sans construire son propre point de vue. On est bien loin, en réalité de l'idéal universitaire. L'Education Nationale tend à fabriquer des crétins instruits, elle a bien voulu me reconnaître comme l'un d'eux.
2. Savoir choisir son directeur de thèse. Et oui, il vaut mieux que ce soit un mandarin qui ait du pouvoir dans sa section, si on veut avoir une chance d'obtenir le sésame : Mention Très Honorable avec les Félicitations du Jury. Sinon, aucune chance de dégoter un poste de maître de conférences, tu n'auras travaillé que pour faire tourner la machine, donner du travail aux profs, justifier leurs budgets. L'étudiant est la chair à saucisses de l'Université.
Le problème avec les mandarins, c'est qu'il n'y a plus personne pour leur dire qu'ils déconnent, ils peuvent facilement se laisser enfermer dans un savoir clos sur lui-même, dans des théories absolues, c'est à dire coupées de la réalité.
Le savoir, ce sont tout de même des connaissances, mais c'est surtout la capacité d'apprendre et de construire sa propre démarche de compréhension.
Ecrit par : Pierre Gandonnière | 10.06.2009
Pourrais tu m'indiquer les amalgames afin que je réfléchisse dessus, et que j'écrive un nouvel article si besoin pour rectifier mes propos si cela s'avère nécessaire ?
Ecrit par : Mysanthropian | 10.06.2009
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