17.06.2010

Le syndrome du Lycanthrope (partie 2)

the-howling-lycanthrope.jpgLe lycanthrope est donc une représentation symbolique de la nature déformée de l'être humain. Le fait étant que l'on considère très souvent pousser vers le haut en empêchant à l'individu de trouver une harmonie entre ce qu'il est en lui même et ce qu'il est en société (l'éducation). Bien entendu, les structures protocolaires ont facilité l'harmonisation de ces usages, c'est à dire qu'ils ont vocation à stabiliser la société sur des bases fondamentales permettant, entre autre chose, que soit fait acte de commerce ou démarches politiques. Mais nous pouvons ressortir des cartons le temps de fractures entre la rigueur des coutumes et l'accès à l'information, les commencements de la réflexion : Mai 68. Estimée comme étant l'élément déclencheur de la crise de l'autorité dont notre époque est largement emprunte, cette date est aussi intéressante car elle est le moment où les lycanthropes se sont manifestés de manières plus ou moins constructives. La réaction fut conditionnée par un contexte qui combinait à la fois intellectualisme démocratisé et modèle frontal de l'enseignement. La période où les individus ont essayé de se demander « Pourquoi ? », mais aussi une période où le conflit interne animant l'armée de lycanthropes générée par des siècles de contraintes coutumières explosa en une crise profonde de remise en question identitaire.

L'information et l'identité

L'aptitude à pouvoir se dire « Pourquoi » n'est pas donnée à tous. Force est de constater que bon nombre d'individus préfères se réfugier dans l'absence de responsabilité et se définissent naturellement comme irresponsable, réaction logique face à cette crise de Mai 68 : foncer dans l'extrême incompétence, à savoir la spécialisation qui implique la création d'un petit moule réconfortant dans lequel l'individu peut avoir la sensation de posséder « son monde » sans pour autant assumer son interaction avec le monde extérieur. Ce que beaucoup confondent avec une montée de l'individualisme est en fait un trouble identitaire profond et la recherche de réconfort dans un système peu complexe. Un système dans lequel on ne conserve de l'enfance que l'un des deux traits majeurs : l'insouciance. Mais où est donc passée la curiosité et la volonté d'apprendre ?

L'information est un outil puissant qui permet de se poser des questions de fond sur ce que l'on est, ce que nous faisons, comment et pourquoi. Mais voilà, il désenchante la vie, pour certain, car se poser cette question est accepter de prendre la responsabilité d'être un individu entier. La lycanthropie ne peut que se renforcer dès lors où le cadre lui même est tenu par des lycanthropes : en l'absence de modèle et d'idéal, peu de chance pour l'individu de se forger, de s'épanouir et d'agir concrètement. Certains prétendront faire avec maturité, invoquant cursus et vécu pour étayer leur propos, ces apparats étant à leurs yeux la représentation de leur aptitude à pouvoir choisir leur vie. Mais pourquoi prétendre l'existence du libre arbitre puisqu'en vérité la résultante de ces démarches n'est autre que le rejet de toute responsabilité et le souhait profond de se noyer dans la masse plutôt que d'évoluer comme créature jouissant d'une identité et usant avec sagesse de son potentiel intellectuel ?

En d'autres termes, il n'est pas de libre arbitre dans un monde qui transforme l'information comme finalité et non comme moyen d'action. Nulle opportunité d'harmonie et de stabilité non plus pour ces créatures mi-humaine mi-bestiale qui se réfugient dans l'extrémisme de leur lycanthropie. Et les médiums, la vue, l'odorat, le toucher, ainsi que l'ensemble des sens, sont eux mêmes déformés par une information que l'on souhaite cartésienne, omniprésente et régissant l'absence de choix volontaire et déterminé grâce à des effets de causalité systématique. Si l'on considère l'humain et le monde humain comme semblable à une équation récursive, alors l'humain lui même ne peut s'entraîner que vers sa propre destruction, ce qu'il accompli à merveille, car son jugement est inexistant. Pour pouvoir faire acte de jugement, c'est à dire jauger une situation et déterminer ce qu'elle est afin de prendre une décision appropriée par rapport à son être identifié, un seul outil a réellement de l'intérêt : la conscience. Mais sans information, pas de conscience...

Informatique et conscience : une lumière d'espoir ?

L'avantage de l'informatique est qu'elle reste un formidable outil de soutien au cerveau humain, pour quiconque serait apte à s'intéresser à ces deux composants. Le cerveau humain traite l'information et suscite un ensemble de réactions particulières avec plus ou moins de prise de conscience, quand à l'informatique elle favorise l'accès à l'information selon une logique comprise par le cerveau humain, quand bien même cette compréhension serait elle inconsciente. L'internet, conséquence logique du développement informatique, est, d'une certaine manière, un outil représentatif de la conscience commune et permet aux individus de ne plus rester tout à fait isolé en eux mêmes, à chercher désespérément la canalisation du conflit interne, père des doutes et questionnements. L'informatique est devenu un sixième sens, ou plutôt le médium d'un sixième sens qui sera appelé ici « conscience ».

La conscience n'est pas systématique et généralisée, mais elle est favorisée et renforcée pour ceux qui manifestent une appétence certaines pour la culture, le savoir et les échanges enrichissant. Il est facile sur internet de quitter un site si celui-ci ne répond pas à une attente précise, beaucoup moins d'un cours ou bien d'un livre. Le fait de pouvoir naviguer dans l'information valorise le fait que celle-ci se doit d'être précise et qualitative, sans quoi, elle peut susciter de vives critiques. Nous assistons souvent à la publication d'informations qui s'apparentent à de la désinformation et sont montrées du doigt ou même jugées pour leur caractère diffamatoire. Une démarche sélective est en marche qui pourrait bien renforcer les consciences soucieuses de s'éveiller.

Dans le cadre de lycanthropie, l'intérêt d'avoir démocratisé l'internet et d'avoir permis à une jeunesse en mal d'identité, car élevée par des parents eux mêmes rencontrant cette crise identitaire, de pouvoir cultiver et développer sa propre personnalité au travers des démarches de la recherche, de la formulation et de la transmission de cette identité. Pourtant, le système n'est pas tout rose, et si l'internet favorise l'émergence et le renforcement de certaines consciences, il se compose aussi de la masse importante d'individus fuyants toute constitution d'identité et de responsabilités, c'est à dire fuyant le fait d'être l'expression d'un individu accompli. Une lumière d'espoir existe-t-elle dans l'interaction entre internet et conscience ?

L'optimisme voudrait que l'on défende l'affirmative. Mais si l'humain fut capable de se dénaturer comme il le fit suite aux crises identitaires répétées du XX ème siècle, il est préférable de considérer la réponse par la négative relativisée. Cela signifie simplement que la conscience sera malgré tout accessible pour ceux la recherchant, et que les autres poursuivront leur lente chute vers une agonie avant l'éventuelle destruction totale de l'esprit. Le principe sous-jacent étant que ces évolutions risquent de donner naissance à un nouveau profil d'individus, ainsi qu'à de nouveaux rapports de domination. Comme on me le disait dernière : les persécutés deviendront un jour les persécuteurs... Espérons toutefois que les humains seront se montrer juste avec les Lycanthropes.

25.05.2010

Le syndrome du Lycanthrope (partie 1)

99568083lycanthrope02-jpg.jpgLa sociabilité. Encensée par les individus, membres d'une société humaine. Enseignée par les parents et les institutions scolaires. La sociabilité n'est elle pourtant pas l'un des éléments les plus destructeurs pour l'être humain ? Elle est un processus de conditionnement qui agit comme vecteur des comportements de l'enfant, faisant de celui-ci une créature apte à raisonner vis à vis de l'environnement tel qu'il est défini par les hommes et non tel qu'il est. Plus les connaissances se sont accrues en volume, c'est à dire plus l'homme a élaboré le monde dans lequel il vit, plus l'identité première de l'individu fut malmenée, bafouée, pervertie. Cette perversion transforme l'homme en bête. Il devient un loup pour lui même et pour son environnement humain. De cette transformation, plusieurs profils peuvent résulter, selon le niveau de prise de conscience que l'individu a vis à vis de cet état "dénaturalisé". Dans cet article, je vous invite à vous intéresser sur ce « syndrome du lycanthrope », que j'ai choisi de nommer ainsi afin d'établir un parallèle évident avec une composante bien connue du folklore populaire.

Retour sur la lycanthropie

La lycanthropie est une maladie régulièrement illustrée dans la littérature fantastique et le cinéma de genre. Elle met souvent en scène un individu quelconque, homme ou femme, qui se change en Loup le soir de pleine lune. Il est indispensable d'aborder le phénomène du lycanthrope avec le plus grand sérieux car de tous temps, l'intuition humaine s'est manifesté dans sa créativité et son extraordinaire aptitude à pouvoir concevoir des symboles forts qui lui permettent d'exprimer ce que la partie soi-disant consciente de son intelligence ne saurait définir. De ce fait, à travers le temps, différents supports ont permis l'expression de l'intuition : le papier, le bois, la pierre, les mots et dernièrement le cinéma. Le cinéma est le nouveau support par lequel la conscience commune est en mesure de se manifester. Avant d'aller plus loin, je vais approfondir quelque peu le concept de conscience commune, car je sais qu'il est particulièrement dérangeant et que je ne souhaite pas vous froisser avant la fin de ce billet.

La conscience commune peut se définir par l'aptitude qu'ont les individus à percevoir des réalités de manière intuitive et à provoquer certains événements. L'outil qui permet d'attester de son existence n'est autre que l'internet qui se résume par la connexion entre différents ordinateurs administrés par des hommes et des femmes. L'ordinateur est le nouveau médium qui remplace les autres médiums d'expression tel que les mains ou la parole. Son fonctionnement complexe, reposant sur des logiques binaires et des interactions plus élaborées dans les systèmes suffit à attester de cette véracité car l'ensemble du système nerveux du corps humain repose lui même sur un fonctionnement binaire et plus élaborés qui active ou non un geste de manière plus ou moins consciente. De plus, la prise de conscience d'un tel phénomène a poussé la société Google, récemment, à investir dans une petite société qui propose un service couteux aux entreprises afin que celles-ci soient en mesure de prévoir leur stratégie sur des faits : lien vers l'article concernant la dites société.

Donc, maintenant que la conscience commune est, je l'espère, devenue un sujet plus acceptable pour vous qui me lisez, nous pouvons retourner le cinéma comme support d'expression de l'intuition, ce curieux outils que les psychologues tentent de rationaliser et d'enfermer dans les froideurs arithmétiques de la logique. Le cinéma nous a fait profiter, récemment, d'un film. Un « remake » du « Loup-Garou » baptisé Wolfman. Je souhaite parler de ce film car c'est à partir de cette histoire que ce raisonnement s'est constitué (en partie). Le film présente le phénomène de la lycanthropie au travers de ses personnages et illustre la nature bestiale de l'homme que l'on souhaite dompter par la violence. Ce qui apparaît aux regards du spectateur dans un premier temps est que le monstre doit être canalisé, et il est facile de considérer que l'homme est un loup pour l'homme dont l'âme est polie grâce à l'éducation et à la sociabilité. En témoigne la séquence de l'hôpital psychiatrique où notre héraut est présenté comme un être malade et exposé le soir de pleine lune à celle-ci. La conséquence logique en est sa transformation, puisqu'il s'agit du mythe, et le massacre de l'assistance. Ce massacre atteint son point culminant avec la mise à mort de l'être qui a voulu imposer la sociabilité.

De ce fait, la lycanthropie est un moyen particulièrement efficace de poser les bonnes questions quand à la nature de la socialisation et de la manière dont celle-ci est capable de dénaturer l'instinct humain par excellence pour le transformer en une bête monstrueuse et violente. Les hommes et les femmes vivant en société sont tous des lycanthropes plus ou moins éveillés qui embrassent cette bestialité (comme l'illustre Anthony Hopkins) ou cherchent à la combattre à l'image du héraut du film. Ces deux cas vont être présenté maintenant et mis en relation avec ce que nous pouvons constater tous les jours dans la société, au quotidien.

L'homme social : un lycanthrope, la société : une caverne de loup

En lui même, l'homme est bouleversé par un ensemble d'émotions, résultantes de réactions et conditionnements divers. On peut considérer dans un premier temps que les cinq sens favorisent le développement des schémas de pensées grâce à un développement psychomoteur, générateur du conditionnement humain selon un écosystème type. Les divers stimulus environnants produisent une systématisation de la pensée et des concepts. De ce fait, la limitation psychique, affective et intellectuelle est le fruit de l'homme par l'homme. Cette limitation dénature la nature initiale de l'être humain, en ce sens où elle le prive dans sa globalité de cette conscience globale. C'est à dire que l'homme oublie qu'il n'est qu'homme et oublie qu'il est surtout homme, pour devenir une machine. Un être en conflit avec ses fondamentaux émotionnels, intellectuels et intuitifs. Comme tout déséquilibre, ne peut être provoqué qu'une dégénérescence primaire de l'être qui prend la forme alors d'une « chose humanoïde » dépourvue d'humanité. La bête humaine se structure dans le temps, elle se greffe sur les composantes initiales de l'homme et enfreint les règles élémentaires de son humanité : le lycanthrope nait et commence à vivre parmi d'autres, semblables à lui.

La société se compose d'un groupe humain qui suivent, essentiellement, le même parcours. Cette masse humaine ne ressemble nullement aux communautés animales, et c'est une grande erreur de parler de l'opposition entre la civilisation humaine et l'animalité, car la société est une composante de l'animal (comme le révèle les différentes organisations sociales observables au cours d'études des populations animales). Le système humain est proche d'une caverne aux murs de roches, froids et durs. Dépourvu de vie. Dans ces locaux exigeants, toute la brutalité, fruit de la perversion, se manifeste. Le mental prend la forme d'un intellectualisme mécaniste et cartésien, primaire et désensibilisé. L'émotionnel se confond avec les pulsions et impulsions, dont les manifestations démesurées témoignent de l'immaturité caractéristique de cette population souffrant de lycanthropie. L'intuition n'a plus de sens réel et est compensé par le dogme et la spéculation sur toute sorte de perception faussée. La totalité des vecteurs cognitifs se trouvent amoindris dans leur production, et leur compréhension est soumise à une réduction des compétences par un fatalisme inhibiteur.  Une caverne de loups affamés d'eux mêmes, perdus en eux mêmes : la société humaine de ce début de XXI ème siècle.

De l'agressivité qui s'oppose à l'identité

Un ensemble de mots, de procédés ingénieux et de systèmes trompeurs ont essayé d'étudier l'homme et de le faire « machine ». Le prenant comme une chose que l'on dissèque dans le corps, l'esprit, mais rejetant l'intuition aux flammes de la moquerie. Plusieurs canaux initiaux, disons naturels, ont été réorienté. Ils conservèrent, cependant, leur nom initial. Parmi l'un des plus caractéristique, on peut parler de l'agressivité. Phénomène résultant logiquement de la combativité et outil d'harmonisation, initialement, car garant des systèmes sociaux, l'agressivité telle que l'homme la définit aujourd'hui devrait en vérité être nommée violence. Cette faculté à renommer et dénaturer les noms en passant sous silence le sens, l'origine ou l'idée profonde qu'ils véhiculent est une réponse lâche à la crise identitaire logique qui secoue de spasme la « chose humaine », le lycanthrope. L'agressivité intériorisée accouche de l'avilissement des potentiels et fatigue le corps, l'esprit et l'intuition jusqu'à faire des humains des êtres se laissant écouler dans le temps. Pourrissant dans le temps et déclinant progressivement leurs facultés initiales, les lycanthropes deviennent gâteux, amer, crédule et arrogant.

Où est donc l'identité humaine dans ce marasme humain ? Pas très loin, pourtant. Le lycanthrope explose en lui même, et parfois, certaines réactions démesurées provoquent des remous et des questionnements sur les comportements humains. Mais généralement, ces remous sont trop peu puissant et les générations s'endorment, poursuivant leur lente agonie et la progressive destruction de leur être et des êtres qu'ils prétendent aimer. Il faut bien dire, prétendre, car : quel sentiment peut avoir une « chose humaine » qui a oublié son humanité en refusant d'exister, de grandir et de se concrétiser au cours de ses efforts, de son travail, de son temps ?  La destruction n'est pas une composante primaire de l'homme, elle est la conséquence de sa perversion volontaire, infligée cruellement aux jeunes générations ainsi qu'à lui-même tout au long des jours et des nuits. Le lycanthrope prend cependant parfois conscience de sa nature et de sa monstruosité, et son libre arbitre lui impose de choisir entre la prolongation de cette agonie, trouvant refuge dans le mensonge, ou dans la quête d'un retour aux sources et d'un voyage pseudo-initiatique semé d'embûche, de piège et de douleurs.

01.05.2010

Le réseau détruira-t-il la bureaucratie génératrice du médiocre ?

schaedel.jpgAu fond, quoi d’autre que l’assistance et ce mode d’organisation collaborative et communautaire du XXème siècle identifié comme bureaucratique qui puissent être les sources malsaines du chaos et de l’annihilation de l’intelligence humaine ? Quoi d’autre ? Si en tant qu’humain, pour pallier la souffrance et aux privations naturelles ce qui fut constitué sous forme de système sociale, économique et politique, l’objectif initialement recherché ait été de pouvoir jouir d’un confort certain, d’une aisance dans le quotidien, mais si en même temps, la compartimentation des hommes en castes naturellement définies par le titre et le rang social, eux-mêmes variation unique d’une capacité à pouvoir ingérer un savoir qui se retrouve bafoué sur la durée du fait de l’inaptitude fondamentalement humaine à pouvoir progresser, nous avions en vérité détruit toute perspective d’atteinte d’une excellence et de grandeur ?

La bureaucratie, le premier système collaboratif et non productif, est il une étape ratée dans l’évolution des mentalités et des modes d’organisations qui ont vu apparaître, depuis, le support logique de l’informatique comme moyen de communication et de développement d’une conscience globale au détriment des consciences individuelles, ne serait elle pas la première étape d’une lente agonie qui à mesure que le monde se complexifie celui-ci détruit dans le même temps la capacité individuelle à raisonner et à s’interroger sur soi ? Penser. Conceptualiser. Et plus important que tout,  matérialiser ce que la pensée est en mesure de produire dans sa richesse la plus totale. La peur de l’enseignement, de l’information et de son traitement domine maintenant le monde. Les érudits et les intelligents ne sont plus le fruit de conscience, mais plutôt de la dégénérescence du système d’information tout entier.

Le réseau, l’internet en lui même, est il une échappatoire à cette mort qui s’attarde, qui n’embrase pas totalement l’espèce humaine, et qui la laisse plonger dans l’ignorance la plus totale ? Ces questions sont complexes. Mais d’elles seules, peuvent réellement être engendrée de nouvelles visions du monde. Si le réseau remplace la culture, et détrône le «cultureux» de son siège doré que les systèmes républicains ont bâti, alors que deviendra ce monde qui se dessine sous nos pieds, dans nos mains et au delà de nos consciences même. L’individu va-t-il continuer d’être, ou deviendra-t-il une variable supplémentaire dans un algorithme plus imposant et dominateur ? Matricules, processus, psychologie et sciences remplacent maintenant l’homme. Le réseau, quel est il ? De quoi s’agit il ? Une série de connexions entre différentes consciences qui pourraient gratifier l’espèce humaine d’une intelligence nouvelle, mais qui au lieu de cela, à l’image de cette nature humaine et des fonctionnements neuronaux recherche la simplicité et donc, détruit l’exigence psychique, morale et intellectuelle qui permettrait d’offrir à l’humanité une nouvelle chance de s’épanouir.

Il n’y a plus en fait que rêves, utopies constantes et manifestations d’un trouble identitaire. Il n’y a peut être rien à attendre de bon de l’informatique, car celle-ci échouera sans doute dans le développement intuitif et intellectuel. La bureaucratie n’était sans doute que le commencement de la fin, une fin qui pourrait bien être, maintenant, accélérée par le réseau internet. Voici donc un autre regard, différent des précédents que je vous ai proposé sur Kathédral. Un regard qui incite à la prudence vis à vis de l’usage fait des nouvelles technologies, un bémol dans une approche qui avait sérieusement besoin d’être compensée du fait de son optimisme trop marqué. Il est possible qu’en vérité, rien de bon, pour l’homme, ne ressorte de sa réunification et de son accès immédiat en la personne du tiers : son contact, son «friend», son collaborateur en ligne. Comme dans toute chose, le poison et le remède se côtoient amicalement et luttent silencieusement pour un prix unique : l’Homme.